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La littérature de réalité virtuelle, le réel intérêt derrière le dispositif.

– Faut qu’elle meure.

– Bin non… faut qu’il meure!

– Ouin, intéressant. De toute façon, on ne fera pas faire le meurtre par le participant.

– Non c’est clair, puis il faut que la position du participant soit unisexe de toute façon.

– Fait qu’on peut se permettre d’essayer une version travestie du scénario.

– C’est la fille qui bute, puis pas pour se venger comme dans Kill Bill, juste parce que c’est une tueuse.

– Une tueuse si proche, comme à CanalD.

– Campée au Bic en plus, dans une galaxie près de chez vous.

– Ça va être beau les références.

– C’est toi qui a commencé.

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Après être passés à travers une multitude d’options, on se rend compte qu’écrire un scénario de réalité virtuelle, c’est de l’innovation pure. À chaque idée conceptuelle scénarisée, est reliée une analyse de faisabilité et pour plusieurs de ces idées, des tests. Des contraintes techniques naissent des concepts qui viennent encadrer le propos.

– Il faut qu’il tombe dans la peau du personnage.

– Non, c’est plus épuré que ça comme idée, on veut que la position du participant soit la solution, la résolution de l’intrigue, que la présence de la personne soit essentielle à l’œuvre.

– Épurée tu dis ?

– Oui ! Prends la scène où on va descendre sur Émily, comme à plat ventre au-dessus d’elle. On va juste trop avoir le sentiment de l’observer de haut. C’est tellement simple que c’est épeurant.

– Si tu réussis à faire descendre la caméra super doucement au-dessus d’elle, tout en restant caché puis en ne faisant aucun bruit.

– On pourrait toujours rentrer un skytrack dans la forêt, puis le placer dans le dos du participant. On aurait juste à se patcher une forêt après, puis à faire le son en conception, personne ne va voir le stitch.

– Ou descendre sur elle en drone. Ça a l’air qu’il y a une équipe qui a patenté une gestion mécanique d’une perche de deux pieds attachée au drone qui compenserait les vibrations, on pourrait regarder ça. On patcherait un ciel à la place, pour cacher le drone.

– C’est sûr, mais je veux essayer mon idée de canne à pêche et poulie avant.

– Tellement rural.

– On fait ça samedi, on va prendre le Ski-Doo de mon beau-père puis on va s’amener un flasque de caribou.

– C’est parfait.

Tous ces tests hautement scientifiques ont pour objectif, évidemment, de cadrer les ambitions du scénariste dans un budget limité. La proximité étant l’outil le plus efficace des régions, l’utilisation d’huile-de-bras-à-carreaux et de bénévoles-chasseurs-cueilleurs-étoiles sera essentielle à l’atteinte des objectifs. Heureusement, de plus en plus de gens intéressants prennent leur retraite et sont en quête de nouveaux défis. Nous profiterons donc de l’âge d’or de nos crinqués de parents boomers  de classe moyenne (et peut-être même un peu de l’aisance financière dans laquelle ils se trouvent), en empruntant divers dispositifs qui bonifieront l’expérience.

– J’ai comme huit options de bateau. Toutes gratiss.

– Malade!

– Imagine le monde en ville, «un tournage en région, des images en haute mer, la splendeur du paysage comme personnage omniprésent dans la nef 360 du dispositif».

– C’est toute vrai, mais c’est l’attitude Commandant Charles Patenaude qui vient avec qui me fait toujours rire.

– Encore une référence.

– C’est quoi ton problème avec les références ?

– C’est que c’est un projet sans référence qu’on fait man!

– On pige des solutions à droite à gauche quand même, mais c’est vrai que c’est hot le nouveau langage.

– Avec le budget puis la scénarisation qu’il faut, on pourrait faire quelque chose de non-linéaire, voire d’aléatoire.

– Une grande tâche d’écriture.

– En effet.

– Il faut que, dans le projet qu’on fait là, avec le monde qui sont rendus où ils sont rendus à ce moment-ci par rapport à la réalité virtuelle, que l’on puisse établir quelques techniques narratives efficaces entre le travail d’interprétation et la perception du participant.

– Faut que ce soit lent et subtilement dirigé. On ne veut pas juste avoir la chance de mettre de l’action tout le tour de la tête du monde, on veut les intégrer dans l’histoire.

– Tous des plans qui donnent le temps de comprendre, puis une redondance décousue pour structurer la trame et la compréhension de l’intrigue par la position du spectateur.

– Ouin, on saigne du nez déjà pas mal avec ça.

– Puis c’est juste le début.

————–

Un des éléments importants que nous avons réalisés pendant l’écriture du scénario, c’est que l’équipe doit être foncièrement hybride, entre gens du théâtre, du cinéma, de la programmation, des effets spéciaux, de la 3D et de l’immersif en général. Par exemple, l’équipe son sera pilotée par deux principaux acteurs, un preneur de son cinéma et un créateur sonore 360, afin de suivre une technique de travail plateau éprouvée et répondre aux défis de la prise de son immersive. Même chose pour le directeur photo, appuyé par l’assembleur (stitcheur;) directement sur le plateau.

Cacher tout ce beau monde est également un défi, mais, à nos yeux, un défi moindre que de tourner une première demi-lune avant et une deuxième pour le champ (de vision) arrière (si je peux me permettre de m’exprimer ainsi).  Il suffit d’intégrer cette notion au repérage des lieux de tournage. De nombreux autres défis se dessinent alors que nous sommes à planifier la réalisation du film, que je partagerai suite au tournage.

L’écriture en 360 interpelle beaucoup de créateurs en provenance des arts de la scène pour l’instant, car le médium impose, selon moi, une vision tridimensionnelle de l’espace et un rapport «immersif» au spectateur. Le milieu du théâtre, enfant pauvre de la révolution numérique, travaille également en pluridisciplinarité depuis toujours. Sa nature d’art de proximité où l’éthique semble rencontrer les principales préoccupations de la réalité virtuelle à cet égard devrait s’en faire la plate-forme de création, en collaboration avec le monde muséal pour la diffusion. Une telle alliance pourrait défendre le financement nécessaire à l’exploration de ce nouveau langage, à la hauteur de celui affecté au cinéma et au jeu vidéo.  Pour ce faire, nous aurions besoin d’un créateur du théâtre aux penchants technologiques certains, déjà présent dans nos musées ; quelqu’un pour prendre le leadership de cet énoncé au moment où les bailleurs de fonds se positionnent et prennent des mesures face à la transversalité du numérique. Il est primordial d’emboiter le pas du numérique, de défendre l’expertise du théâtre et des musées face aux défis de ce nouveau médium, de revendiquer la similarité de notre relation directe au spectateur, de tirer la couverte de notre bord solide; qu’en dis-tu Robert ?

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–  En tout cas, moi je vois venir le jour où tous nos enfants ne se parleront même plus, chacun enfermé dans son casque de réalité virtuelle dans son salon, c’est triste. Ils vont prendre le pouls et la température corporelle des gens pour voir comment ils réagissent à la publicité et ajuster le contenu en conséquence. Ils vont prendre des empreintes de nos yeux…

– Tu me fais penser à ma mère « n’écoutez pas ça du Kurt Cobain, y a des messages subliminaux là-dedans !»

– Nouvelle époque, même combat.

– Attends que la techno soit rendue ailleurs, puis que nos enfants puissent proposer du contenu de réalité augmentée (la prochaine étape) ou d’intelligence artificielle réellement élaboré et positionné en filigrane avec la réalité. Ils vont pouvoir déformer le réel, de la vraie transformation par l’art.

– Là on va capoter pour quelque chose.

– Ou on va juste faire notre devoir d’artiste, ce qu’on fait en ce moment dans le fond, puis créer des œuvres qui questionnent, émeuvent, énoncent une ou des vérités et par le fait même, changent le monde.

– Caribou maestro !

 

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