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Magnéto : la passion du son d’ici

0La balado* est née sur Internet; il s’en crée tous les jours, sur tous les sujets, de la vie de quartier à la politique en passant par les jeux vidéo. Nichée au creux de votre oreille, elle peut vous donner l’illusion intime qu’elle ne s’adresse qu’à vous. Le concept existait avant, me direz-vous: ça s’appelle une émission de radio!

«Si on vous dit balado (podcast), en français, quel titre vous vient en tête?»

Après avoir posé cette question sur les médias sociaux, le premier constat est justement qu’on confond souvent balado (essentiellement native du web) et rediffusion d’une émission de radio; or leur production et leur création diffèrent totalement. Il n’y a d’ailleurs pas tant d’émissions qui ont du succès en balado, et celles qui en ont savent créer une intimité avec leurs auditeurs – c’est une de leurs caractéristiques (un bon exemple: La Sphère).

«(…) je trouve qu’il n’y a pas grand-chose de franco qui sait combiner qualité, pertinence et originalité…»  (Stéphane, directeur de création publicitaire)

Arrive le deuxième constat: quand on parle podcast/balado, on se tourne vers les États-Unis  (This American Life, Serial Killers sont des exemples qui reviennent souvent) ou la France (Création on Air, Transfert, La Marche de l’histoire…). Et au Québec, qu’en est-il?

Il y a bien des balados de niche, comme celles qui vous parlent de  jeux vidéos, par exemple. Le plus souvent (mais pas toujours), elles sont produites par des amateurs; on en retrouve sur baladoquebec.ca. Quelques autres sont créées par des passionnés du web ou de la pub. Radio-Canada, qui avait presque complètement déserté ce créneau depuis 2003, revient en piste avec Première PLUS, sa nouvelle section de contenu sonore . Si vous cherchez davantage de balados grand public de qualité en français, pour un bon choix, il vous faudra aller du côté de l’Europe, où elles sont en croissance fulgurante. 

Le son comme une matière et comme vecteur de culture d’ici : Magnéto Balado

C’est de tous ces constats, ainsi que d’une vraie passion pour le son et la balado de qualité, qu’est né le projet Magnéto Balado. La mission: produire et créer du contenu en français pour occuper un créneau qui n’existe encore qu’à l’état embryonnaire au Québec. Se positionnant à la fois comme producteurs et comme auteurs, les membres de l’équipe sont des passionnés de culture et de son. Pour Zoé Gagnon-Paquin, directrice et cofondatrice du projet, «Le son, ça se travaille comme une matière».

«On a une liberté totale dans le numérique! Contrairement à la radio, on peut s’autoriser la durée que l’on veut, le format que l’on veut, etc. On n’a pas de fil linéaire, c’est plus plus intime, plus profond, mais pour que le propos soit intéressant et pertinent, il faut une grande sensibilité,  prendre le temps et les moyens…

Les conditions d’enregistrement sont différentes; on peut, par exemple,  enregistrer les gens chez eux, on n’est pas pressés, ce qui donne plus de sincérité. On peut faire énormément de choses pour améliorer l’expérience d’écoute, en fournissant des indications non verbales. Le son est travaillé comme une matière: on crée des ambiances, on met en valeur ou en relief certains éléments sonores, on différencie les personnages en débrouillant les voix, en modifiant les hertz de façon à ce que, tout en restant reconnaissables, les voix deviennent plus “brillantes”, sonnent mieux, plus juste. Par exemple, on peut faire en sorte de séparer deux voix un peu semblables, avec une sorte d’effet stéréo pour mieux les identifier, on peut choisir ou même composer une ambiance sonore. Tous ces éléments affectent l’émotion et le ressenti, la dimension sensible du son.  

Mais pour que ça puisse dépasser l’amateurisme et le contenu de niche, ça prend du temps et des ressources! »

Marie-Laurence Rancourt, directrice artistique et cofondatrice, et Zoé Gagnon-Paquin, directrice et con-fondatrice
Marie-Laurence Rancourt, directrice artistique et cofondatrice, et Zoé Gagnon-Paquin, directrice et cofondatrice

Les défis de la balado au Québec: une question essentielle pour notre culture

Zoé Gagnon-Paquin : «On a commencé par se poser la question:  qu’est-ce que les gens écoutent? Quel est l’impact qu’on veut avoir, chez Magnéto Balado?

On veut participer à la croissance mondiale de la balado, à la création de contenu et on veut surtout donner une chance à la culture québécoise de rayonner. On écoute des balados françaises ou américaines parce qu’il n’y a pas assez d’offre d’ici. C’est un rendez-vous qu’on ne doit pas manquer, qui aura un impact sociétal et culturel majeur; c’est un média en pleine expansion, pour ne pas dire explosion, partout sur la planète: plus de 20% des 20-25 ans, notamment, en écoutent – mais faute d’une offre adéquate ici, ils se tournent le plus souvent vers des productions d’ailleurs. Il faut donc qu’on travaille la visibilité médiatique de la balado, ça presse!»

Apport du Lab culturel : culture+ numérique+ liberté totale de création!

«On se heurte à bien des défis, explique Zoé Gagnon-Paquin, notamment le fait que la balado n’est pas connue – ou peu- des organismes donneurs de subventions en culture, qu’il n’y a pas encore de place définie accordée aux projets balado; il faut toujours se greffer aux projets culturels, il faut passer par autre chose, un projet théâtral par exemple, comme la Maison de la poésie, pour obtenir du financement. Or, dans ce contexte, on a du mal à obtenir de la visibilité médiatique:  la culture, par définition, ne fait pas les manchettes, il n’y a pas de “nouvelles”, ce n’est pas commercial, c’est un travail de longue haleine.

Il faut donc attirer l’attention des médias sur le fait qu’il y a un créneau à occuper par le Québec, parce qu’en ce moment, l’offre de balados de qualité provient en quasi-exclusivité d’ailleurs.

En ce moment, on a une double occasion: retrouver des émissions d’ici, offrir du contenu intéressant à une population qui en recherche de plus en plus et offrir une vitrine à la culture québécoise. C’est pour ça que l’aide du Lab culturel venait à point: une aide financière et professionnelle pour développer de la balado au Québec, qui d’emblée, alliait culture et numérique. Leur légèreté administrative nous a permis une liberté de création totale, quelle bouffée d’air frais!»

Comment s’y prendre autrement

«En numérique, dès le départ, on va s’y prendre autrement: on établit des partenariats avec différents OBNL  culturels, on va tenter d’établir une structure plus permanente de mécénat. Par la suite, on pense déjà à des alliances de codiffusion en Belgique et en France.

Côté contenus, on veut comprendre la culture au sens plus large, avec des contenus moins nichés, par exemple par différentes séries, déjà créées dans notre projet: on raconte des histoires (Périphérie), on parle d’art (Nuits contraires), et dans notre flux principal, Magnéto, on propose, en collaboration avec différents organismes, des publications qui nous plaisent, produites par nous ou nos collaborateurs».

Elles ont des idées – et de la suite dans leurs idées – elles voient grand, pro, franco et passionnel. Suivez ce groupe: on vous prédit que les prochains This American Life ou Création on line viendront de leurs magnétos!

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Plus d’info sur Magnéto :

Les membres de l’équipe se sont donné pour mission de faire rayonner la culture par l’audio ainsi que de contribuer au développement de la création sonore et radiophonique au Québec par l’entremise des nouveaux outils numériques. Fondatrices : Zoé Gagnon-Paquin, directrice, Marie-Laurence Rancourt, directrice artistique.

Avec quoi ont-elles démarré?

  • 20 000 $ du Lab culturel
  • 15 000 $ en sociofinancement (IndieGOGO)

Avec  quoi vont-elles continuer?

  • 90 000 $ du Conseil des Arts du Canada : Projet Grand Nord
  • 25 000 $ du CALQ (Swipecity + Maison de la poésie)

On a parlé d’elles :

 

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* Bien que l’OQLF recommande l’utilisation du masculin pour balado, nous avons préféré conserver l’usage plus commun du féminin

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